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Discours d'ouverture de Chris Kenopic

26 juin 2010

Discours d’ouverture de Chris Kenopic

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Merci à tous d’être venus aujourd’hui : mes collègues de la SCO, mes amis, ma famille, ma mère et le conseil d’administration. Je me sens honoré d’être devant vous aujourd’hui en tant que président-directeur général de la Société canadienne de l’ouïe.

Le jour où l’on m’a offert ce poste, je me suis senti à la fois humble et méritant. J’avais travaillé extrêmement dur pour en arriver à ce moment. J’avais passé deux entretiens approfondis et Je savais que ce processus rigoureux avait pour but de garantir qu’ils avaient choisi la bonne personne. Le jour où j’ai reçu cette proposition, j’ai dû me pincer plusieurs fois pour être sûr que je ne rêvais pas et je suis très heureux d’être ici avec vous aujourd’hui. Je tiens à remercier chacun d’entre vous d’être venu malgré tous les problèmes de circulation engendrés par le G20. Je vous remercie aussi sincèrement du temps que vous nous consacrez en étant avec nous ce matin.

C’est l’occasion pour moi de vous dire merci! Merci à la communauté et merci à ceux qui m’ont vraiment soutenu et aidé à arriver où j’en suis aujourd’hui parce que, sans vous, je ne serais pas là. Je tiens à offrir ma gratitude au personnel de la région d’Hamilton. Ces gens ont travaillé très dur pour s’assurer que nous atteindrions les objectifs que nous nous étions fixés, y compris le développement des programmes de counseling en soins auditifs, de services sociaux généraux et du SIO. Ils ont persévéré, se sont donné du mal et n'ont pas hésité à relever les nombreux défis auxquels ils ont été confrontés.

Quand j’ai été engagé en tant que directeur régional à Hamilton, les membres du personnel ne savaient pas à quoi s’attendre : Chris Kenopic, un directeur régional Sourd, quelles seront ses attentes? Lors de la première réunion, on s’est assis ensemble et je leur ai dit : « Je suis toujours prêt à écouter vos commentaires et je suis impatient de connaître vos idées. Mais il est important que vous sachiez que mes attentes sont très, très élevées. Il est essentiel que nous travaillions ensemble, de manière collégiale et en tant qu’équipe. » Je tiens à remercier Natalie McAlonen, la responsable du programme régional, qui m’a apporté un soutien précieux au fil des ans. Elle n’a malheureusement pas pu être présente, pour des raisons de santé. Elle a travaillé sans relâche en faveur de notre cause, elle a soutenu ma vision des améliorations qu’il fallait apporter à la communauté et à la région, et elle nous a aidés à réaliser cette vision. Nous avons atteint nos objectifs notamment grâce à notre compréhension de nos groupes de consommateurs – les personnes culturellement Sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes – en les impliquant à chaque étape et en leur demandant de nous aider à identifier les lacunes des services. Je me souviens de mon premier jour comme si c’était hier. On m’a dit : « Chris, je sais que tu es quelqu’un d’impliqué, qui fait bouger les choses et qui se bat pour les droits des consommateurs, mais rappelle-toi que tu es à Hamilton maintenant. C’est différent à Hamilton. » J’ai demandé à quel point de vue, et on m’a répondu : « Personne ne nous écoute. C’est comme si nous étions carrément dans un autre pays. » Et je me suis dit, tant mieux, c’est un défi pour nous, mais un défi que nous pouvons relever et que nous pouvons exploiter pour avancer. Maintenant, six ans plus tard, nous disposons de presque toute la gamme de services au sein de la région d’Hamilton. Nous avons désormais l’audiologie et nous avons développé le counseling en soins auditifs, les services sociaux généraux et le SIO. Vous êtes d’accord que c’est une marque de réussite, n’est-ce pas? Nous avons débuté avec  neuf  membres du personnel et nous sommes maintenant vingt-trois au total.

Je repense à l’université Gallaudet et à mon diplôme que j’ai reçu en 1993. Je n'étais pas vraiment très enthousiaste à l’idée d’étudier là-bas. J’ai grandi dans une ferme. J’avais ça dans le sang. Couper des arbres et traire les vaches, c’est ça que j’aimais, que j’imaginais faire toute ma vie. Jusqu’à ce que je rencontre Laureen Baskerville. Elle voulait être enseignante. Elle voulait étudier à Gallaudet. Je lui ai demandé combien de temps elle resterait à Gallaudet et elle m’a répondu que ça dépendrait de sa réussite aux cours. J’ai essayé de m’imaginer une relation à distance avec elle et je savais que cela allait être assez difficile; alors j’ai décidé d’aller à Gallaudet moi aussi. Je dois remercier ma femme parce qu’elle m’a donné cette opportunité et m'a ouvert la porte sur une voie différente. Malheureusement, ma femme n’a pas pu assister à l’assemblée générale annuelle aujourd’hui. Elle est au mariage de ma sœur, dans le Nord, mais sa mère, Maureen, est assise juste là, à côté de moi. Merci d’être là, Maureen.

Je suis Sourd et ma priorité absolue est de garantir que nos consommateurs et consommatrices occupent toujours la première place, que nous sommes là pour les consommateurs et consommatrices : les personnes culturellement Sourdes, devenues sourdes, sourdes oralistes et malentendantes. C’est pour ces personnes que nous sommes ici maintenant. La SCO fête ses 70 ans de service. C’est une réussite remarquable d’atteindre 70 ans d’existence, et je pense que nous devons reconnaître et nous féliciter mutuellement pour notre longévité et le fait que nous avons mis toute notre énergie à représenter nos consommateurs et consommatrices au fil des ans. La SCO a soutenu les consommateurs et consommatrices, et vous, en tant que consommateurs et consommatrices, avez continué à nous apporter votre soutien.

Je me suis impliqué dans de nombreuses organisations différentes et dans plusieurs conseils d’administration, à des niveaux et des postes variés. Au fil des ans, j’ai été confronté à bien des problèmes, et ces expériences m’ont appris à adapter mes stratégies et mes approches. Maintenant que j’ai été nommé président-directeur général, je regarde vers l’avenir et j’espère que vous serez d’accord avec moi pour dire que les perspectives sont formidables.

La première initiative qui me tient à cœur est de mettre en place une coalition de consommateurs qui inclurait les consommateurs et consommatrices culturellement Sourds, sourds oralistes, devenus sourds et malentendants. Ils viendront d’organisations de consommateurs ou seront de simples individus. Le but de la coalition sera de comprendre tous les différents points de vue que nous apportons en tant que consommateurs. Comme vous le savez pertinemment, on nous dit souvent que certains groupes se concentrent plus intensément sur un objectif ou un point de vue. « Cette personne ne s’intéresse qu’aux questions relatives aux Sourds » ou « Cette personne milite pour les malentendants ou pour les individus culturellement Sourds ». Mais ce n’est pas du tout ce que mon expérience m’a appris. Je pense que c’est un mythe. Je suis convaincu que nous, en tant que consommateurs, nous connaissons nos problèmes; chaque groupe de consommateurs connaît ses propres problèmes ainsi que ceux des autres groupes de consommateurs. Mais véritablement travailler ensemble, collaborer et être capables de nous soutenir les uns les autres, voilà quelque chose que j’aimerais voir davantage. C’est dans ce but que je souhaiterais voir chacun de nous coopérer.

Tout au long de la journée, nous avons abordé des problèmes et des obstacles que nous connaissons déjà, auxquels nous avons déjà été confrontés. Et que ce soit dans trente ans ou dans cent ans, nous pourrons regarder en arrière et dire : « Ces problèmes et obstacles ne sont plus d'actualité, ils ont été résolus il y a longtemps. » Mais alors nous aurons de nouveaux défis à relever.

En tant que de directeur régional, j'ai vraiment apprécié les relations que j’ai eues avec le bureau provincial, et j’ai été très impressionné par les liens, le travail d’équipe et le dialogue au sein du bureau provincial et des bureaux régionaux : le personnel et les dirigeants, tout le monde fait un excellent travail d’équipe. Mais je pense que nous pouvons faire encore mieux. La communauté et nos consommateurs ne savent pas qui assume quel rôle et qui remplit quelle fonction à la SCO. Je pense qu'il faut maintenant que nous allions davantage à la rencontre de la communauté. Ainsi la communauté pourra mieux situer les noms et les visages et sentir une plus grande proximité. Les directeurs provinciaux visitent souvent les bureaux régionaux, ils assistent à des réunions, mais souvent ils ont peu de temps et doivent repartir rapidement. Je crois qu’il faut changer cela. Nous devons modifier nos méthodes. Quand des dirigeants vont dans les bureaux régionaux, ils rencontrent le personnel, ils rencontrent les directeurs locaux, mais ils ne rencontrent pas les bailleurs de fonds, les parties intéressées, les organismes communautaires, ni les clubs de Sourds et malentendants. Je ne crois pas que cela ait été beaucoup le cas dans le passé, mais je voudrais qu’il y ait des progrès dans ce domaine, afin que les consommateurs sentent qu’ils ont la possibilité de s’impliquer et d'offrir vraiment leur appui à la SCO. En même temps, il y a des défis. Nous savons que les directeurs traitent différentes questions, dont notamment l’accréditation, qui consiste à évaluer les qualifications du personnel. C'est une nouvelle exigence. L'accréditation implique la responsabilité de la direction quant à la surveillance des processus. Les dirigeants s’assurent également que tout soit disponible en français, aussi bien notre site Web que tous nos documents.

Il y a maintenant davantage de points délicats en termes de confidentialité et de législation sur la confidentialité, et de reddition de comptes sur ces points. Bien sûr, tout le monde ici est familier avec la Loi de 2005 sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario. C'est là un autre énorme composant de responsabilité pour les directeurs. Naturellement, ils ont déjà étudié ce que signifie cette législation et comment nous y conformer. Il y a beaucoup de responsabilités à assumer.

Nous qui sommes ici aujourd'hui, nous sommes un petit nombre représentant les personnes culturellement Sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes. Nous ne sommes qu’une petite partie de nos communautés, et nous devons vraiment penser à tous nos autres membres absents. Il y a des milliers, voire des millions de membres dans ces communautés, et nous devons absolument penser à eux. Ils ont besoin de nous. Ils ont besoin de notre appui. Ils ont besoin de notre orientation et que nous fassions notre possible pour leur permettre d’atteindre l’égalité. L’autre soir, je mettais au lit Braydon, mon fils de sept ans qui est sourd. Il m’a dit : « Papa, je suis très fier de toi. Te voilà président! » Et je lui ai répondu : « Eh bien merci! Ça va demander beaucoup de travail, mais ça me plaît beaucoup. » Il a dit : « Papa, puisque tu es président, il y aura davantage de personnes Sourdes qui vont avoir de meilleurs emplois? » Sa remarque a retenu mon attention et m’a fait réfléchir. Maintenant, je suis président. Et nous devons penser à l’impact que cela peut avoir et au message que cela transmet. Les personnes culturellement Sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes peuvent réussir. Si quelqu’un dit que nous ne sommes pas prêts ou que c’est impossible, nous devons lui prouver que c’est faux.

C'est pour cela que je suis ici aujourd'hui. J'espère que je pourrai devenir un exemple, et que nous pouvons devenir un exemple pour tous les autres. Le chemin n’a pas été facile jusqu’ici. Il y a eu beaucoup d'apprentissage, des obstacles, divers changements de postes et beaucoup d’implication dans des comités, mais si nous avons un rêve que nous voulons réaliser et un objectif auquel nous aspirons, c’est à nous de faire le premier pas et de continuer dans la bonne direction.

Je voudrais remercier le conseil d’administration de la confiance qu’il m’a témoignée en me nommant président-directeur général. Je m’engage entièrement à faire du bon travail. Je tiens à remercier Denis d’avoir été président-directeur général par intérim.

Quand on a su qu'il revenait à la SCO comme président-directeur général par intérim, le personnel a trouvé cela positif. C’était comme s’il n'était jamais parti. Il est très ouvert. Il est toujours abordable, toujours présent, disponible pour rencontrer et parler avec tous les membres du personnel, et le personnel se sentait inspiré par ce type d’attitude de la part d’un dirigeant. Je tiens vraiment à vous remercier, Denis, pour vos efforts avec nous à la SCO.

Je crois aux vertus de la communication ouverte et d’une approche transparente de nos activités. Certes, la SCO a été transparente, mais je voudrais qu’elle le soit encore plus, tant envers les consommateurs qu’envers les bailleurs de fonds, pour que davantage de gens sachent ce que nous faisons. Ceci signifie également que le personnel et la direction, à différents niveaux, sauront ce que font les autres. Il est important que nous ayons tous la même vue de ce qui se fait, pour pouvoir progresser sur la voie du succès.

C’était hier mon premier jour en tant que président et directeur général, et je dois dire que c'était un peu spécial. J'ai travaillé chez moi. Le bureau était fermé à cause du sommet du G20. J'ai dit à mes enfants : « Tout le monde debout, c’est l’heure d’aller à l'école!», et ils m'ont regardé et m’ont dit : « Papa, c’est comme ça que tu t’habilles pour ton premier jour de travail? » Et là j'ai dû expliquer qu'en fait le bureau était fermé et que je restais à la maison pour travailler.

J'espère que vous vous joindrez à moi dans cet engagement : apporter les changements nécessaires afin que nous puissions continuer à progresser. Je pense que Terry est un exemple parfait : il vient de recevoir le prix Eugene Fowler. En donnant de son temps, il a su qu'il changerait les choses, et il y est parvenu, en améliorant la qualité de vie des gens. Ils sont des milliers comme lui autour de nous. Nous devons faire en sorte que davantage de personnes soient impliquées. Je vous invite à participer et à vous impliquer en recrutant aussi davantage de gens. Et quand nous, ou la plupart d'entre nous, serons ici pour notre centième anniversaire, nous pourrons penser rétrospectivement à beaucoup d’autres d'exemples que nous pourrons partager.

Je vous remercie.

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